Accompagnement, Médiation et urgence politique

lundi 3 décembre 2018
par  Jean-Luc Poitoux

(Article en finition - merci pour votre compréhension - mis à jour le 11/12/2018)

Depuis des années j’observe que des mots comme « accompagnement » et « médiation » en politique, sont allègrement galvaudés. Quels liens un médiateur fait-il avec les mouvements sociaux et les révolutions opérées ces dernières années ? Quelle contribution à la résolution des très graves conflits actuels et défis à relever ? Comment minimiser les risques comme le retour du fascisme (en Espagne ou au Brésil) ou l’urgence climatique ? Telles sont les questions à laquelle ce billet va tenter de répondre.

Sur les mots galvaudés

ACCOMPAGNEMENT

Depuis au moins les années 2000 et de plus en plus fréquemment, il n’est pas un jour sans que soient relevés les expressions « accompagnement de quelque chose » ou « l’État a nommé un médiateur », dans les entreprises, comme dans les collectivités territoriales, l’État, des Institutions comme la CAF (Caisse d’allocations familiales), etc. Ce constat est général : dans la presse, les médias ou les documents ou sites internet officiels ou dans les réseaux sociaux en ligne. La fonction « accompagnement » prend le pas sur la fonction officielle de l’organisme. À tel point que de des syndicats comme la CGT ne veulent plus en entendre parler. Ce mot est « carbonisé ».
RÉFÉRENCES

MÉDIATION - MÉDIATEUR

  • L’État « nomme » un médiateur dans des conflits sociaux ou sociétaux comme Notre-dame des Landes.
  • Les MARC/MARD (Modes Alternatifs de résolutions des conflits ou des différends) sont privilégiés au détriment des tribunaux. Etc.

En d’autres termes, les Institutions délèguent à des tiers le traitement de leur vocation. Cela ne devient un problème que par la répétition ou la systématisation ou par le fait que ce tiers ne remplit pas les qualités adéquates (indépendance, impartialité, maîtrise de la neutralité, confidentialité, etc). Nous sommes malheureusement quasi systématiquement (et de plus en plus) dans ces cas de figure face à des injonctions ou obligations d’efficacité, de résultat, etc.

Dans ces deux situations, que constate-t-on ? Le manque d’impartialité d’un tiers médiateur, voire carrément son absence notamment pour une grande partie des entreprises qui accompagnent leurs clients.

Le « CO QUELQUE CHOSE » mis à toutes les sauces

Souvent conjugué à la mode anglo-saxonne comme coworking, enfoui dans une approche participative (Grenelle de l’environnement, conférences des parties, comités de quartiers, etc), ce « faire ensemble » ne s’appuie pas suffisamment sur un tiers médiateur pour produire des résultats effectifs et incontestables.

De la défaillance des tiers à leur défiance

Par ailleurs, d’autres tiers que les médiateurs ont montré leurs limites ou leur incapacité :

  • Les élus politiques ou syndicaux.
  • Les Juges et plus généralement le système judiciaire.
  • La presse, les médias, les journalistes. Etc.

Au point d’en arriver à une situation de défiance généralisée repérée notamment dans le mouvement des GILETS JAUNES en novembre 2018, notamment en France, qui :

  • va jusqu’à rejeter l’idée même de porte-parole ou exiger de ceux-ci qu’ils retransmettent en direct à tous les éventuelles négociations.
  • Met en péril les Institutions jusqu’à la République elle-même puisque ses symboles ont commencé à être atteints comme l’arc-de-triomphe à Paris dimanche dernier.

Horizontalité et verticalité sont convoquées

Les notions d’horizontalité et de verticalité sont convoquées soit pour être condamnées (pouvoir qualifié de Jupitérien du président de la république française), soit à la rescousse comme le fait un éditorialiste sur France inter

A court terme, ça veut dire, au moins, moratoire sur les taxes carbone et invention rapide d’une horizontalité pour que renaisse un débat, des clivages, bref, la politique.

Que peut-on attendre des réseaux sociaux en ligne ?

Le pire et le meilleur...

Qui peut dire qu’il n’a jamais succombé à une fausse nouvelle ou « fake news » ou perdu un temps conséquent à vérifier s’il s’agit d’une véritable information ou d’une manipulation ? Les conséquences sociales, politiques et économiques sont énormes, mais il n’est pas du tout certain que la loi envisagée par le gouvernement MACRON/PHILIPPE résolve ce problème...

S’agissant de Facebook et plus généralement des GAFAM, ils ont démontré leur utilité et leur efficacité puisque la révolution tunisienne ou les gilets jaunes en France n’auraient certainement pas pu se produire sans. Mais ils ont de tels effets pervers qu’ils sont en même temps devenus un immense problème, sorte de piège mortel : centralisation sur des plateformes situées aux États-Unis d’Amérique, concentration de méga-masses de données qui, conjuguées aux potentialités immenses des algorithmes (pas seulement d’intelligence artificielle), remettent des pouvoirs sur nous tous dans les mains de quelques uns.

On entend ou lit souvent que ces plateformes d’intermédiation suppriment les tiers. En fait, il n’en est rien, chaque serveur, chaque service sur l’internet est un tiers. Et il n’est pas toujours de confiance... Il n’y a donc pas désintermédiation mais transformation des intermédiaires. Par exemple, le courrier passe de moins en moins par LA POSTE.

Bonne nouvelle : des alternatives éthiques existent.

De nombreuses alternatives éthiques existent mais ne sont pas pour l’instant utilisées à grande échelle par les populations. Une des raisons principales tient au fait que les ordiphones (ou smartphones pour les anglophiles) sont quasi exclusivement disponibles avec les systèmes d’exploitation des GAFAM. Et à contrario, utiliser des logiciels libres et des services libres aussi facilement que sur des ordinateurs n’est réservé qu’à un petit nombre de spécialistes capables de choisir les quelques modèles compatibles et d’installer des logiciels libres qui permettent d’utiliser openstreetmap à la place de googlemap par exemple.

Ces alternatives ne supprimeront pas les manipulations ou désinformations démocratisées par les réseaux sociaux, mais la décentralisation atténue leur pouvoir de nuisance sociale et politique. Enfin, une culture de mutuelle évaluation et co-contrôles se trouve véhiculée avec la culture du libre et des communs, qui réhabilitent une éducation populaire à grande échelle.

Remarque au passage :

Contrairement à ce qui est dit dans les médias, j’ai constaté la semaine dernière que sur dix passants de tous âges, un seul avait su trouver une adresse du quartier par son ordiphone même si on leur indiquait le nom de la rue et le numéro de destination. Il y a donc un manque criant de formation et d’éducation populaire.

Quelles conséquences cela a-t-il dans la société ?

Les conséquences sont dramatiques puisqu’elles amènent de la colère, des soupçons, des manipulations, des rejets (le Brexit en Angleterre), des blocages, des extrémistes comme en Italie, des fascistes (Brésil, Espagne, etc), des violences, des révolutions (Tunisie notamment), des guerres (Syries), des délitements d’États ou des pourrissements politiques.

Conséquences sur la médiation de l’urgence climatique

Les militants du climat apprennent de l’événement « GILETS JAUNES » l’importance de toucher les gens sur leur lieu de vie et dans leur quotidien, et pas seulement à l’occasion d’événements comme le tour alternatiba. Il en est de même pour les médiateurs qui ont dû accueillir quasiment en temps réel avec un manque d’anticipation dû au fait que l’attention avait été occupée par le lancement de la médiation de l’urgence climatique.

SYNTHÈSE

À un moment de l’histoire humaine où nous avons tant besoin de réunir l’ensemble des êtres humains sur terre pour limiter au maximum et au plus vite de nouvelles émissions de gaz à effet de serre, nous constatons la montée de risques d’implosions généralisées de nos sociétés et la très grande difficultés des COP (conférences des parties) à obtenir des résultats contraignants à la hauteur des enjeux (ne pas dépasser +1,5°C à la fin du 21ème siècle).

Que peuvent faire les VRAIS médiateurs ?

Exemple concret : aller au devant des Gilets jaunes, des élus, afin de les accompagner dans la définition des problématiques et vers leur solutionnement.

Et une question : l’objet "gilet jaune" n’aurait-il pas une fonction de médiation, notamment dans les médias où des personnes très variées sont invitées en plus ou à la place des experts habituels patentés ce qui élargit et enrichit les débats ?

RÉFÉRENCES

- Gilets jaunes dans les médias :
La parole aux gilets jaunes : « on nous a jeté des miettes » https://www.youtube.com/watch?v=-7ayssKvv5E
https://my.framasoft.org/u/mediationpourtous/?searchtags=manif_citoyenne_fr_17_nov_2018-gilets_jaunes

- sur "le gouvernement nomme un médiateur" :
https://twitter.com/AvecMontebourg/status/205971915473555456